INTERSIGNES

 ////  Théâtre - Danse - écritures contemporaines  \\\\

Maude et Philippe Bulinge

Antigone, 13 novembre

une pièce de Philippe Bulinge

 

Création 2019-2020

Elle : C’était l’Antigone potentielle qui était importante. Quand je voyais le monde s’enlaidir, - je ne te parle pas d'un paradis perdu, mais de toutes mes déceptions, de tous mes désenchantements qui s’imprimaient sur mon monde chaque jour davantage en un amas de vieilles tapisseries que je ne prends même plus la peine d’arracher - je fermais mon poing contre ma cuisse et je me disais que je le dresserais un jour, ce poing ! d’abord haut en l’air puis fort ensuite dans la figure de celui qui opprime et qui crache ! Cela m’aidait à attendre qu’elle arrive, mon Antigone. Entre deux salades à rincer, les devoirs des petites et le dossier que je ne rends jamais à temps.

Pour sa prochaine création, la Compagnie Intersignes fait appel à Jean-Marc Avocat pour interpréter un Créon post-13 novembre.

Jean-Marc Avocat triomphe actuellement dans Mon Traître d'Emmanuel Meirieu, adaptation de deux romans de Sorj Chalandon, créée au Théâtre Vidy-Lausanne et repris au Rond Point et aux Bouffes du Nord,

Il n’aime que les défis, les marges, le surpassement de soi, et avant tout : Racine. Il se lance d’ailleurs le défi de jouer à lui tout seul l’intégralité d’Andromaque, Bérénice et Phèdre. Au théâtre, il travaille sous la direction de Claudia Stavisky, Hans Peter Cloos, Alain Françon, Jacques Weber, Matthias Langhoff, Patrice Chéreau...

« Jean-Marc Avocat, fascinant. » Le Figaro.

L’autre homme : Ismène a fermé les portes derrière elle. Ses pas feutrés se sont évanouis dans l’air humide du matin. Au loin, Thèbes, la blanche, l’éclatante, se pare de blanc et de lumière. Les gardes descendent la colline, se disputent bruyamment parce qu’un peu de terre s’est retrouvée sur le corps. Le petit jeune qui débutait son service, et qui était le plus près de la charogne, a un œil au beurre noir. Il traîne, à l’arrière. Sur une terrasse ouverte au vent, je ne dors pas, je veille. Comme un bon chien de garde des familles. Je note, je contrôle. J’ai laissé le soir et les vies de la nuit aux autres.

La pièce Antigone, 13 novembre fait se rencontrer plusieurs lieux et époques différentes qui finissent par se confondre : - le Paris de 2016 qui se résume à l’appartement d’Elle et de Lui, que l’on devine comme un espace où le couple s’enferme pour laisser le monde à sa porte, mais qui ne parvient pas à faire taire les sirènes et les bruits de la rue, - et la Thèbes lointaine et fantasmée d’Antigone et de Créon où les rois semblent encore contrôler les événements parce qu’ils collent des interdits sur les murs... Une Thèbes où les rôles paraissent clairement définis dans laquelle les Parisiens contemporains vont s’engouffrer pour comprendre leur rôle dans ce monde du 13 novembre qui est sur le point de basculer dans la guerre civile : suis-je Antigone, Créon ou le garde ?

La loge du Chœur d’Anouilh sert alors d’intermédiaire entre les deux mondes : métaphore du théâtre qui est à la fois ouvert sur le monde et un espace clos dans lequel on s’enferme pour ne pas être ce que l’on est vraiment et où l’on se raconte des histoires. Il fallait donc réduire l’espace scénique à la boîte noire : quatre murs où l’on s’enferme et où l’on peut tout dire, tout être. Quatre murs qui seront éternellement Thèbes ou Paris parce qu’ils sont le théâtre sans artifice ni escroquerie. De la même manière, des costumes atemporels. Pas d’objet ni de meubles. Juste des mots et des corps qui les incarnent. Sur scène donc un plateau vide et un plancher blanc. Blanc pour rappeler les marbres grecs et créer un contraste avec la boîte noire. L’espace scénique se retrouve ainsi divisé en deux parties : - le plancher blanc est le lieu où sont les personnages qui agissent, Elle, Lui et Antigone, - tandis que le sol de la boite noire est occupé par les personnages passifs qui n’ont aucune prise sur la course des mondes, Ismène, Le Chœur et Créon.

Mais le plancher, au fur et à mesure que l’histoire progresse, se soulève et s’incline sur son axe d’avant-scène, rendant de plus en plus difficile les déplacements sur sa surface, contraignant le jeu des comédiens à une incarnation où le corps voit disparaître peu à peu ses repères : il symbolise alors Thèbes et Paris qui s’enfoncent dans le gouffre et dans lesquelles il est de plus en plus difficile d’assumer son rôle sans chuter à son tour. À la fin de la pièce, il rend la chute inévitable...

Compagnie Intersignes

Maude et Philippe Bulinge

6 allée Joseph Hours 69360 Sérézin-du-Rhône

06.35.43.10.66

Licences : 2-1063966 / 3-1063965

Avec le soutien depuis 2013

production[at]compagnie-intersignes.com