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Le mot grec Khoreia désigne deux réalités bien complémentaires : d'une part le peuple, le chour du théâtre grec et des tragédies en particulier, d'autre part la danse, sens conservé dans nos termes modernes chorégraphe et chorégraphie . Khoreiapolis est la synthèse de ces deux significations : ville de la danse, mais aussi ville du peuple qui danse pour faire la ville, comme si la danse était inséparable d'une expression collective. Le peuple, c'est d'abord un mouvement, un mouvement de foule qui mène à la danse. Khoreiapolis est le résultat d'une (r)évolution : d'abord ville qui oppresse, ville qui enferme et qui isole, ville qui uniformise, qui provoque l'apparition spontanée d'une danse de la révolte, de la violence, de la rupture ; puis ville qui réunit, ville qui reconnaît les différences, les encourage et les libère, Khoreiapolis est créée par la danse des hommes. L'homme, justement, est au cour du défilé, à la fois pris dans son individualité, aux prises avec cette ville où il n'est pas à sa place avant de faire la sienne, et à la fois dans ses rapports à la foule. La ville est perçue ici comme l'addition d'unités toujours uniques qui se dissocient avant de se rassembler. Khoreiapolis est ainsi habitée par quatre peuples d'hommes différents qui permettent chacun de porter un regard réfléchi et poétique sur la ville. Les Porteurs de cube.
Ils portent leur ville sur leur dos, la subissent parce qu'elle pèse toujours davantage sur leurs épaules. Soudés d'abord par leur cube, en des masses compactes, les porteurs vont peu à peu se désunir parce qu'ils ont besoin d'exister individuellement, d'avancer d'un pas unique, de danser leur propre danse. Isolés, confrontés à la réalité de leur solitude et de leur cube posé à terre, les porteurs de cubes vont finalement choisir de se regrouper les uns avec les autres, en pas de deux, en pas de trois, en ensembles toujours plus grands pour bâtir leur nouvelle ville, Khoreiapolis .
Les Emmurés et les Sans-cube.Des cubes sont suspendus à un char, ou déposés les uns sur les autres, rappelant la carcasse métallique d'un immeuble en construction ou d'un immeuble détruit partiellement. À l'intérieur de ces cubes, des hommes enfermés, volontairement, pour se protéger du monde extérieur. Seules leurs jambes sortent des cubes et entament une marche dans le vide, au pas. Ce sont les Emmurés, les Hommes-enfermés. Sous les cubes et sous les arches du char, un autre peuple de ce qui n'est pas encore Khoreiapolis , les Sans-cube, les exclus.
Figure 1 : Dessin d'Yves Henri pour le Défilé de la Biennale 2006
Les Sans-cube entament eux aussi une danse de la révolte, plus aisée car ils ne sont pas entravés par un cube. Mais la masse des cubes suspendus les contraint à baisser la tête, à courber le dos, à retenir leurs mouvements dansés et spontanés, frustrés. Au fur et à mesure que la danse des Sans-cube se fait plus forte, plus puissante, les Emmurés apparaissent peu à peu et cessent de marcher au pas. D'abord des mains, puis des bras, d'abord ensemble puis seuls. Ils manquent d'espace pour leur danse. Enfin les Emmurés tentent un regard au dehors.
Le contact se crée alors entre les Sans-cube et les Emmurés. Les Emmurés quittent leur cube et créent un nouvel ensemble avec les Sans-cube. Khoréiapolis est née.
Les Hommes-cubePlus encore que les Porteurs de cube et que les Emmurés, les Hommes-cube sont des hybrides symboliques entre l'Humanité et la Ville. Les corps des Hommes-cube se composent en effet des différentes faces du cube. Et, à genoux, les membres de ce peuple ne sont plus que des cubes.
Cette position est d'ailleurs le point de départ de leur (r)évolution : bien alignés, mais séparés les uns les autres contrairement aux Porteurs de cube, les Hommes-cube progressent par une série de pas entre deux moments où ils sont en cube. Les Hommes-cube sont alors peu à peu tentés de se rapprocher mais ils ne peuvent pas rentrer en contact les uns avec les autres parce que le cube est comme une bulle qui les empêche de se toucher. Le cube interdit à la danse de s'épanouir. Il est une inhibition aussi psychologique que physique. Un second char est habité par le peuple des Hommes-cube. Il est également composé d'une grande structure métallique. Cette fois-ci, ce ne sont pas des cubes qui sont suspendus, mais directement des Hommes-cube qui se déploient et se referment.
Figure 2 : Dessin d'Yves Henri pour le Défilé de la Biennale 2006
Les Hommes-cube choisissent donc de se débarrasser enfin des différentes faces de leur cube et les accrochent ensemble sur la structure du second char. Les faces forment alors les différentes pièces d'un puzzle, d'une immense photographie d'une foule, représentant la nouvelle ville, Khoreiapolis . Les Nouvelles du Défilé :
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